Vérité absolue ?

Le mot « vérité » impressionne, suscite parfois la méfiance, dérange. Pourquoi ?

Nous avons tous en tête les images de ceux qui, égarés et dogmatiques, brandissent une pensée totalement idéologique, une construction coupée de la vitalité du réel, en affirmant qu’elle est LA vérité. Que tous ceux qui ne la partagent pas sont à blâmer. Sans possibilité de discussion. Une posture dangereuse, immature et absurde. Mais alors, une vérité absolue peut elle tout de même exister ? Est-il forcément dangereux, immature et absurde de l’admettre ?
Tous les mots peuvent êtres mal usités, les réalités mal interprétées, ce qui ne remet pas nécessairement en cause leur valeur fondamentale. Que n’a-t-on fait au doux nom de la liberté, ou encore au nom du principe Divin ? Est-ce pour autant que doit être remise en question la justesse de l’idée d’une véritable liberté ou l’existence même du principe Divin ?

S’il existe une vérité absolue, les points de vue, les angles d’approche, eux, sont innombrables. A l’intérieur de ces points de vue réside la plupart du temps une part d’illusion et une part d’objectivité. Dans un fonctionnement suffisamment mature, il s’agirait donc de « confronter » notre point de vue à d’autres, dans un échange constructif : non pas l’un contre l’autre, mais l’un et l’autre pour la vérité. Les désaccords sont donc potentiellement des occasions, des moyens pour chacun de s’approcher de cette vérité en affinant peu à peu sa vision, en y réduisant la part d’illusion au bénéfice de celle de la clarté.

La somme de toutes nos subjectivités, si elle était possible, formerait alors une objectivité parfaite. La mise en lumière commune des opposés annulant le superflu, ramenant à l’essentiel.

La découverte de la vérité est donc progressive, ne cessant d’être explorée, avec toujours plus de subtilité et de beauté. Mais pour pouvoir être ouverts à des opinions différentes de la sienne, encore faut-il avoir suffisamment confiance en sa profondeur pour pouvoir se faire un avis, en dehors de toute référence idéologique extérieure. Pour avoir confiance en sa profondeur, encore faut-il la connaître, l’avoir parcourue dans ce que l’on y rencontre de glorieux comme de terrible. Cela demande de savoir identifier ce qui s’anime en nous quand le discours de l’autre nous chamboule, et de pouvoir en prendre la responsabilité.

Or, il semble que nous ayons pris collectivement, bien souvent, le parti de croire que nous n’en étions pas capable. Ceux qui, légitimement, en ont assez des affrontements bornés, stériles et violents tombent souvent dans le piège caché du relativisme à outrance.
Les débats d’idées créent des conflits ? Arrêtons de débattre ! Pas de disputes, chacun « sa » vérité et tout est parfait ainsi. Dès lors, la vérité, la réalité, l’objectivité n’a plus d’importance.
Seule compte la cohabitation plus ou moins pacifique des illusions.

Dans les milieux de la bienpensance spirituelle par exemple, l’interdit critique est devenu tellement fort qu’il est mal vu d’avoir une opinion dite « négative » ou « jugeante » sur quelqu’un ou quelque-chose. L’interdit critique devient l’interdit de penser. La dictature crainte d’une croyance extérieure imposée comme une vérité, le manque de confiance en son discernement et la peur d’être soi même rejeté pour sa singularité devient la dictature réelle du relativisme, le manque de courage du déni de ce qui ne va pas, le refus d’affirmer une véritable opinion.
Et la capacité d’appréhender l’exigeante vérité s’éloigne encore… malgré ce que l’on se raconte.

La seule façon de sortir de ce piège est de cesser de paralyser son cœur et son intellect par l’adhésion à des idéologies, quelle qu’elles soient. A appréhender le monde à partir de soi seul, en donnant de la valeur à ce que nous ressentons et pensons, sans autre repère que sa propre boussole intérieure. Approfondir la connaissance de notre fonctionnement, pouvoir reconnaître d’où nous percevons est indispensable alors. Est-ce notre sagesse intrinsèque et profonde ou bien la voix de nos émotions encore inconscientes qui s’exprime ?

Là encore, seul l’amour de la vérité peut nous guider dans cet apprentissage. Comme un phare infaillible dans la mer d’illusion où nous pataugeons depuis des milliers d’années.
Un phare dont la lumière émane de chacun de nos cœurs intacts.

phare

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