Sainte Sauvage

Je m’y étais bien installée moi, dans le grenier de mon être. C’est là que j’y ai découvert les trésors subtils, les couleurs délicates et les sphères éthérées dans lesquelles je me plais à danser. J’y ai senti pour la première fois le parfum de l’omniprésence de l’amour, qui fait fondre quiconque s’ouvre à lui. J’y ai trouvé des muses, m’emmenant avec elles pour d’exaltants voyages, m’inspirant pour qu’à mon tour je les expire, dans un souffle commun. Et avant tout cela, me guidant dans mes découvertes, j’y ai perçu la voix de mon potentiel, l’attraction inexorable de la conscience en moi.

Cette voix me parvenait parfois clairement mais d’autres fois voilée, déformée voire imitée, comme modifiée par des filtres auxquels je n’avais pas accès. Afin d’améliorer la réception, je ne cessai de tripoter l’antenne sur le toit, persuadée que je devais diriger mon attention vers le ciel pour servir les valeurs portées par la voix de ma conscience. Mais rien n’y faisait. Pour ajouter à mon agacement, voilà que l’on tambourinait maintenant à la trappe d’entrée que j’avais soigneusement fermée pour ne pas être dérangée.

Ces visiteurs inattendus ne semblaient pas d’une compagnie très agréable; ils s’appelaient angoisse, agacement, tristesse. Toute une file. Honnêtement, je ne pouvais les ignorer. Alors dans un élan d’audace, j’ouvrais la trappe, descendait d’un étage et leur faisait face. Yeux dans les yeux, je leur tendais les bras. Un à un, ils perdaient toute consistance, ne demeurant qu’une énergie pure qui venait me nourrir, me grandir.

Je me remis alors à l’écoute de la voix de ma conscience. Elle semblait plus nette mais cette fois c’est son volume qui me faisait défaut. Une ouverture manquait quelque-part, qui la rendrait plus intelligible. Or, une porte demeurait close et je décidais de descendre plus bas. A la cave. J’avais toujours imaginé qu’un monstre terrible vivait à l’intérieur; une sorte d’animal féroce, à la force titanesque, n’écoutant qu’un instinct égoïste et destructeur. Je voulais faire demi-tour, mais il était trop tard : il fallait que j’y aille. Devant la lourde porte scellée depuis si longtemps, plusieurs gardiens. Un molosse nommé terreur, un petit homme, appréhension et enfin un enfant au léger nom d’hésitation. Aucun ne résista à mon étreinte. Encouragée par leur énergie transmutée, j’entrouvrais prudemment la porte. Courageuse mais pas téméraire semble-t-il.

Je jetais un oeil timide. Pas de doute, là, tout au fond, deux yeux me fixaient. Un regard qui semblait venir du fond des âges… Animal, vif, profond. Son magnétisme ne me permettait pas de me détourner de lui. Alors j’y plongeais, jusqu’à ce que nos deux regards n’en forment plus qu’un. A mesure que la porte s’ouvrait, laissant la lumière inonder la cave, l’énergie colossale que je  retrouvais m’inondait en retour. De toute son intensité. De toute sa puissance. De toute sa beauté indomptée.

     Enfin, j’ouvrais la bouche et laissait la voix de ma conscience, tant cherchée, faire vibrer mes cordes vocales. S’incarner. Enfin, je laissais cette énergie de vie brute et pure servir les plus nobles aspirations que j’avais trouvé au grenier.

Je laissais désormais les portes ouvertes et circulais librement dans la maison. Dans les miroirs accrochés ici et là sur les murs, je croisais une mère aimante, une guerrière déterminée, une fillette émerveillée, une amoureuse passionnée…

Joyeuse co-location !

 

 

Feu fléché

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4 réflexions sur “Sainte Sauvage

  1. Beau texte ,pertinent témoignage d’évolution et des clés de la croissance intérieure, plein d’énergie…

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